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Trois générations d'une même famille réunies devant la maison : hypothèque, héritage et succession
Situations de vie

Une hypothèque en indivision quand un indivisaire refuse de signer

L'unanimité n'est pas une exigence de banquier : c'est une règle du code civil. Elle bloque un dossier sur 2, et 3 mécanismes juridiques permettent d'en sortir — encore faut-il savoir lequel s'applique à votre situation.

Vérifié le 16 août 2026·8 min de lecture ·Solution Hypothèque
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L'unanimité des indivisaires, et le texte qui la commande : l'article 815-3

Hypothéquer un bien en indivision est possible, à une condition qui ne souffre aucune exception : l'accord de tous les indivisaires. La règle est partout répétée, rarement rattachée à son texte. Elle vient de l'article 815-3 du code civil, texte qui régit la gestion des biens indivis — le même corpus gouverne l'hypothèque et le partage d'une succession.

Ce texte organise 2 régimes. Les indivisaires titulaires d'au moins deux tiers des droits indivis peuvent accomplir seuls les actes d'administration : gérer, faire réaliser des travaux d'entretien, donner un mandat, conclure un bail d'habitation. Mais le même article réserve à l'unanimité tout acte de disposition, ainsi que tout acte qui ne relève pas de l'exploitation normale du bien.

L'hypothèque tombe dans la seconde catégorie. Un indivisaire majoritaire à 80 % ne peut donc pas grever le bien : la fraction de droits ne change rien, seule compte l'unanimité des personnes.

Pourquoi une hypothèque est un acte de disposition et pas un acte de gestion

La distinction paraît théorique ; elle décide de tout. Un acte d'administration fait vivre le bien sans compromettre sa valeur ni sa propriété. Un acte de disposition engage la substance du patrimoine — vendre, donner, ou affecter le bien à la garantie d'une dette.

Une inscription hypothécaire ouvre la voie à la vente forcée du bien. Elle expose donc la propriété de chacun, y compris de celui qui n'a tiré aucun profit du prêt : c'est la raison de fond de l'unanimité. Elle explique aussi le formalisme, l'hypothèque conventionnelle se consentant par acte notarié, mandat compris (code civil, article 2409).

La conséquence pratique que les banques appliquent sans l'expliquerAucun prêteur n'accepte de financer sur la base d'un accord verbal ou d'un courrier de l'un des indivisaires. Tous doivent comparaître chez le notaire, ou donner une procuration authentique. Un seul absent le jour de la signature suffit à reporter l'opération, et le délai de reprise se compte alors en semaines.

Hypothéquer sa seule quote-part indivise : possible en droit, impossible à financer en pratique

C'est la question de fond, et elle revient dans toutes les recherches sous la forme « peut-on hypothéquer une partie de sa maison ». La réponse juridique est oui : un indivisaire peut consentir une hypothèque sur sa quote-part sans l'accord des autres. La réponse bancaire est non, et pour une raison qui tient à l'article 2412 du code civil.

Qui consent l'hypothèqueEffet après le partageFinancement obtenu
Tous les indivisairesElle conserve son effet quel que soit le résultat du partageOui
Un seul, sur sa quote-partElle ne subsiste que s'il reçoit le bien au partage, ou s'il l'emporte à la licitationQuasiment jamais

Code civil, article 2412, dans sa rédaction issue de l'ordonnance n° 2021-1192 du 15 septembre 2021, en vigueur depuis le 1er janvier 2022. Les pages qui rattachent cette règle à l'article 2414 citent la numérotation antérieure : depuis la réforme, l'article 2414 traite des immeubles présents ou futurs.

Peut-on hypothéquer une partie de sa maison sans l'accord des autres

Vous le pouvez, et le prêteur perdra sa garantie si le bien est attribué à quelqu'un d'autre au partage. Sa sûreté est donc suspendue au hasard d'une répartition future, sur laquelle il n'a aucune prise.

S'y ajoute un problème simple : une quote-part indivise ne se vend pas, ou avec une décote considérable. Aucun établissement ne prête contre une garantie qu'il ne peut ni évaluer ni réaliser.

Le raisonnement vaut aussi pour une hypothèque judiciaire prise par un créancier sur la part d'un débiteur : la sûreté existe, mais son sort dépend entièrement du partage à venir.

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3 issues quand un indivisaire refuse, est absent ou reste introuvable

Le sujet se traite au-delà du constat « il faut l'accord de tous ». Trois mécanismes du code civil permettent pourtant de débloquer la situation, et ils ne répondent pas au même cas.

  1. L'indivisaire est hors d'état de manifester sa volonté — un autre indivisaire peut se faire habiliter par le juge à le représenter, de manière générale ou pour un acte particulier (code civil, article 815-4). C'est la voie utilisée quand un cohéritier est en incapacité, ou reste introuvable après recherches.
  2. Le refus met en péril l'intérêt commun — le juge peut autoriser un indivisaire à passer seul un acte pour lequel le consentement d'un autre serait nécessaire, si ce refus met en péril l'intérêt commun (article 815-5). L'acte ainsi autorisé est opposable à l'indivisaire dont le consentement a manqué.
  3. Le refus est ferme et l'intérêt commun n'est pas en cause — nul ne peut être contraint de demeurer dans l'indivision : le partage peut être provoqué en justice (article 815). Il aboutit à l'attribution du bien à l'un, ou à sa vente aux enchères. Comptez 1 à 2 ans, et un régime fiscal moins favorable en cas de licitation.

Un point de vigilance que les pages généralistes omettent : la vente d'un bien indivis sur autorisation du tribunal à la demande des indivisaires réunissant les deux tiers des droits (article 815-5-1) vise l'aliénation, c'est-à-dire la vente. Elle ne permet pas d'hypothéquer. Aucune majorité, quelle qu'elle soit, ne remplace l'unanimité pour consentir une sûreté.

Quand l'objectif réel est de racheter la part des autres plutôt que de tous les faire signer, c'est le rachat de soulte qui s'applique, et il ne suppose l'accord que du vendeur.

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Un bien en indivision est-il saisissable ? L'article 815-17 en clair

Deux recherches associées pointent explicitement l'article 815-17 du code civil, et il mérite d'être expliqué. C'est pourtant la réponse à la crainte la plus répandue : « le créancier de mon frère peut-il faire vendre la maison de famille ? »

  • Les créanciers de l'indivision — ceux dont la créance est née de la conservation ou de la gestion des biens indivis — sont payés par prélèvement sur l'actif avant le partage. Ils peuvent poursuivre la saisie et la vente du bien indivis.
  • Les créanciers personnels d'un indivisaire ne peuvent pas saisir sa part. Ils disposent d'une autre arme : provoquer le partage au nom de leur débiteur, ou intervenir dans le partage provoqué par un autre.
  • Les indivisaires peuvent arrêter le cours de cette action en acquittant l'obligation au nom du débiteur. La somme est alors prélevée sur la part de ce dernier au moment du partage.

La distinction est décisive pour un dossier de financement. Un prêt souscrit par l'indivision, ou par tous les indivisaires ensemble, place le prêteur dans la première catégorie — sa garantie est solide.

Un prêt souscrit par un seul, pour ses besoins propres, le laisse dans la seconde : il ne peut pas faire vendre le bien, il ne peut que forcer le partage.

Le coût d'une inscription hypothécaire sur un bien indivis, poste par poste

Aucun des 8 résultats ne chiffre l'opération. Elle ne coûte pourtant ni plus ni moins qu'une inscription ordinaire : l'indivision complique le consentement, pas le tarif.

PosteSur 100 000 € garantisSur 200 000 € garantisBase légale
Émoluments du notaire, TTC≈ 479 €≈ 798 €C. com. A444-136 et A444-143
Taxe de publicité foncière≈ 715 €≈ 1 430 €CGI art. 844
Contribution de sécurité immobilière≈ 50 €≈ 100 €CGI art. 881 H à 881 M
Formalités et débours≈ 200 €≈ 230 €Frais fixes
Total≈ 1 444 €≈ 2 558 €—

Montants calculés en août 2026 à partir du tarif réglementé des notaires et des taxes en vigueur. Le montant garanti dépasse le capital emprunté : les prêteurs le majorent de 10 à 20 %, et cette majoration se paie.

Deux frais s'ajoutent en revanche quand plusieurs personnes signent : la procuration authentique pour les absents, et parfois l'attestation de propriété quand la succession n'a pas encore été publiée. Ces 2 lignes mises à part, les frais d'une inscription hypothécaire ne dépendent que de la somme garantie, jamais du nombre de signataires.

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Indivision successorale ou post-communautaire : même règle, 2 calendriers

Les demandes viennent presque toujours de l'une de ces 2 origines, et la plupart des pages généralistes ne les distinguent pas. La règle de l'unanimité est la même ; le contexte, lui, change tout.

L'indivision successorale, tant que le partage n'est pas fait

Au décès, les héritiers reçoivent le bien en indivision. Tant que le partage n'est pas signé, aucun ne peut grever le bien sans les autres, et l'attestation immobilière notariée doit avoir été publiée pour que la propriété soit opposable.

C'est ce qui bloque le plus de dossiers en pratique : non pas un désaccord, mais une succession restée en suspens. l'héritage d'un bien grevé commence donc toujours par l'attestation de propriété, jamais par la banque.

L'indivision post-communautaire, entre le divorce et le partage

Entre le prononcé du divorce et la signature du partage, le bien n'est plus en communauté : il est en indivision. Beaucoup de couples l'ignorent et croient rester sous le régime matrimonial.

Les règles applicables sont celles des articles 815 et suivants, et non plus celles de la communauté — un détail qui change la personne dont l'accord est requis, et la désolidarisation du prêt dépend entièrement de la date du partage.

Quant à la question « quelle est la nouvelle loi pour les indivisions », 2 textes y répondent : la loi n° 2009-526 du 12 mai 2009, qui a introduit la majorité des deux tiers pour les actes d'administration, et l'ordonnance n° 2021-1192 du 15 septembre 2021.

Une page qui cite encore l'article 2124 ou 2414 pour l'indivision n'a pas été relue depuis. Pour les indivisions durables, la détention par société reste l'autre voie : c'est le sujet de l'hypothèque d'un bien en SCI.

Questions fréquentes

Peut-on hypothéquer un bien en indivision sans l'accord de tous ?
Non, pas sur le bien entier. L'hypothèque est un acte de disposition : elle exige le consentement de tous les indivisaires (code civil, article 815-3), et la majorité des deux tiers qui suffit pour les actes de gestion ne s'applique pas. Un indivisaire peut en revanche hypothéquer sa seule quote-part, mais cette garantie ne survit au partage que s'il reçoit le bien : aucun prêteur ne finance sur cette base.
Que se passe-t-il si un frère refuse le prêt garanti sur la maison de famille ?
3 voies existent, selon la nature du refus. S'il est hors d'état de manifester sa volonté, une habilitation judiciaire permet de le représenter (article 815-4). Si son refus met en péril l'intérêt commun, le juge peut autoriser l'acte sans lui (article 815-5). Si le refus est simplement ferme, il reste le partage provoqué en justice : nul n'est tenu de rester dans l'indivision, mais comptez 1 à 2 ans.
L'hypothèque peut-elle financer un rachat de soulte entre indivisaires ?
Oui, et c'est même l'usage le plus fréquent. Celui qui rachète les parts des autres emprunte, et le prêt est garanti par une inscription sur le bien qu'il va détenir seul. L'ordre des opérations compte : l'acte de partage et l'acte de prêt se signent le même jour chez le notaire, de sorte que l'hypothèque soit consentie par le propriétaire unique et non par l'indivision.
Est-ce qu'une indivision peut emprunter en tant que telle ?
L'indivision n'a pas la personnalité morale : elle ne peut ni contracter, ni détenir un compte. Ce sont les indivisaires qui empruntent, ensemble et généralement de façon solidaire. C'est une différence majeure avec la société civile immobilière, qui, elle, est une personne juridique capable d'emprunter en son nom — raison pour laquelle beaucoup de familles transforment une indivision durable en SCI.
Note de la rédaction

La confusion la plus coûteuse porte sur la majorité des deux tiers. L'article 815-5-1 permet de vendre un bien indivis avec deux tiers des droits ; il ne permet pas de l'hypothéquer. Aucune majorité ne remplace l'unanimité de l'article 815-3 pour consentir une sûreté.

Nous rappelons aussi que l'hypothèque d'une seule quote-part est licite mais ne survit au partage que si l'indivisaire reçoit le bien, article 2412. C'est pourquoi aucun prêteur ne finance sur cette base.

Si votre situation est différente
Nos sources
  • Code civil, article 815-3 (actes de gestion à la majorité des deux tiers, actes de disposition à l'unanimité), articles 815-4, 815-5 et 815-5-1, et article 815-17 (droits des créanciers).
  • Code civil, articles 2409 (acte notarié) et 2412 (effet de l'hypothèque sur un bien indivis selon le résultat du partage), rédaction issue de l'ordonnance n° 2021-1192 du 15 septembre 2021, en vigueur au 1er janvier 2022.
  • Loi n° 2009-526 du 12 mai 2009 de simplification du droit : majorité des deux tiers pour les actes d'administration en indivision.
  • Code de commerce, annexe 4-7, articles A444-136 et A444-143 ; code général des impôts, article 844 et articles 881 H à 881 M.
  • Service-public : l’indivision entre héritiers — fiche officielle de l'administration française.
  • Service-public : évaluation de la succession et calcul des droits — fiche officielle de l'administration française.
SH
Solution Hypothèque — Ayoub El Amrani, pour l'équipe éditoriale du site.
Vérifié le 16 août 2026 · nos règles de vérification