Vérifié le 16 août 2026 · nos règles de vérification
La commission de surendettement, ce qu'elle est et ce qu'elle n'est pas
Une fois le dossier déposé à la Banque de France déposé, il ne part pas vers un service anonyme : il part vers une commission départementale, composée de personnes identifiées, qui se réunit et qui vote. Comprendre qui elles sont change la manière de constituer un dossier — et de le défendre.
Au moins une commission par département
Le code de la consommation pose une règle simple : dans chaque département siège au moins une commission de surendettement des particuliers (art. L.712-4). Les départements les plus peuplés en comptent plusieurs. C'est la commission du lieu de résidence qui est compétente, et c'est auprès de son secrétariat que tout se dépose et se conteste.
La Banque de France n'est pas décisionnaire : elle tient le secrétariat
« La Banque de France a refusé mon dossier », « la Banque de France efface les dettes » : ces formules sont partout, et elles sont fausses. Le représentant local de la Banque de France assure le secrétariat de la commission — il instruit, il convoque, il notifie. La décision appartient à la commission réunie. La nuance n'est pas rhétorique : un courrier adressé « à la Banque de France » pour contester une mesure n'est pas un recours, alors qu'une déclaration adressée au secrétariat de la commission en est un.
Une commission administrative, pas une juridiction
La commission n'est pas un tribunal : elle ne juge pas et ne condamne pas. Elle constate une situation, oriente le dossier et impose des mesures de nature administrative. Vous n'avez pas besoin d'avocat devant elle, la procédure est gratuite, et vous n'y êtes pas « jugé ».
Les 7 membres qui composent une commission de surendettement
La composition est fixée par le code de la consommation et son décret d'application. Elle n'est publiée par presque aucun site marchand, alors qu'elle répond à la seule question qui compte vraiment pour le déposant : qui va me lire ?
| Membre | Qualité au sein de la commission | Ce qu'il apporte à l'examen |
|---|---|---|
| Le préfet du département | Président, membre de droit | Il préside la séance et signe les décisions |
| Le directeur départemental des finances publiques | Vice-président, membre de droit | Le regard sur les dettes fiscales et sur le recouvrement public |
| Le représentant local de la Banque de France | Secrétaire, membre de droit | L'instruction du dossier, les convocations, les notifications |
| Une personne proposée par l'association française des établissements de crédit | Membre nommé pour 2 ans | Le point de vue des prêteurs sur la faisabilité des mesures |
| Une personne proposée par les associations familiales ou de consommateurs | Membre nommé pour 2 ans | Le point de vue du ménage et la défense du budget |
| Une personne justifiant d'une expérience en économie sociale et familiale | Membre nommé pour 2 ans | La lecture du budget réel : charges, enfants, santé, logement |
| Une personne titulaire d'un diplôme juridique et expérimentée | Membre nommé pour 2 ans | La qualification juridique des dettes et des sûretés |
Code de la consommation, articles L.712-4 et suivants et R.712-1 et suivants. Les 4 membres nommés le sont par arrêté préfectoral, pour un mandat de 2 ans renouvelable.
3 membres de droit, 4 membres nommés pour 2 ans
La construction est délibérément équilibrée : l'État et la banque centrale d'un côté, la profession bancaire, le monde associatif, le travail social et le droit de l'autre. Le conseiller en économie sociale et familiale et le juriste sont les 2 membres ajoutés le plus tardivement à ce dispositif, et ce sont eux qui portent, en séance, la lecture concrète d'un budget de ménage.
L'effet de cette composition sur la façon de présenter votre dossier
Un dossier lu par un travailleur social et par un juriste n'est pas un dossier lu par un service de recouvrement : les éléments qui pèsent décrivent une situation — charge réelle de logement, frais de santé, garde des enfants, accident de parcours daté. Les pièces qui manquent le plus souvent sont l'échéancier du prêt immobilier et l'estimation du bien — un propriétaire déjà engagé par une hypothèque gagne plusieurs semaines d'instruction en les joignant dès le dépôt.
Le pouvoir d'enquête de la commission, et le secret qu'elle doit tenir
La commission ne se contente pas des pièces que vous fournissez. Elle dispose d'un droit de regard que le code lui confère expressément, et d'une obligation de silence sanctionnée pénalement. Les deux vont ensemble.
Le droit de communication auprès des administrations publiques
L'article L.712-6 du code de la consommation permet à la commission d'obtenir communication, auprès des administrations publiques, des établissements de crédit et des organismes de sécurité sociale, de tout renseignement de nature à lui donner une exacte information sur la situation du débiteur, sur l'évolution possible de cette situation et sur les procédures de conciliation en cours. L'administration fiscale est déliée du secret professionnel à son égard.
Conséquence pratique : une dette omise finit par apparaître. Non pas parce que la commission soupçonne, mais parce qu'elle recoupe. Déclarer l'intégralité de ses dettes dès le dépôt n'est pas une précaution morale, c'est un gain de délai.
Le secret professionnel, sanctionné par l'article 226-13 du code pénal
En contrepartie, les membres de la commission et toute personne qui participe à ses travaux sont tenus au secret professionnel. La sanction est celle du droit commun : 1 an d'emprisonnement et 15 000 € d'amende (code pénal, art. 226-13). Ni votre employeur, ni votre bailleur, ni votre entourage ne peuvent obtenir la moindre information sur le contenu de votre dossier. Le fichier lui-même n'est consultable que par les établissements de crédit et quelques organismes limitativement désignés, ce que la durée du fichage à la Banque de France détaille.
La commission peut vous entendre, et vous pouvez demander à être entendu
L'audition n'est pas systématique, mais elle est possible, et elle peut être sollicitée. Elle est particulièrement utile quand la situation a changé depuis le dépôt, ou quand un élément du budget se comprend mal sur pièces — une charge de santé, une pension versée, un logement en indivision.
La commission n'est pas un tribunal : les 3 moments où le juge intervient
Le juge des contentieux de la protection, qui siège au tribunal judiciaire, n'a pas de rôle permanent dans la procédure. Il n'entre en scène que dans 3 hypothèses, et il est utile de savoir lesquelles avant de s'imaginer convoqué.
- La contestation, dans les 30 joursLes mesures imposées par la commission se contestent devant le juge, par déclaration remise ou adressée au secrétariat de la commission, dans les 30 jours de la notification (c. conso., art. R.733-6). La décision de recevabilité, elle, se conteste dans les 15 jours. La procédure est gratuite et sans avocat obligatoire.
- L'homologation de l'effacementLorsque la commission décide un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire, la mesure est soumise au juge, qui en contrôle la régularité et l'homologue (c. conso., art. L.741-6). L'effacement ne devient définitif qu'à ce moment-là.
- L'ouverture de la liquidation judiciaireC'est le seul cas où un bien peut être vendu contre votre gré, et la commission ne peut pas le décider seule : elle saisit le juge, qui prononce le rétablissement personnel avec liquidation après avoir convoqué les parties.
La suspension exceptionnelle des poursuites, avant même la recevabilité
Il existe une quatrième porte, plus rare : la commission peut saisir le juge pour obtenir la suspension des procédures d'exécution avant que la décision de recevabilité n'intervienne, lorsque l'urgence le commande. C'est le levier à connaître quand une saisie est programmée à quelques jours du dépôt.
La déchéance du bénéfice de la procédure
Le juge peut aussi retirer le bénéfice de la procédure en cas de fausse déclaration, de dissimulation de biens, d'aggravation volontaire de l'endettement ou de paiement d'un créancier au détriment des autres. C'est la contrepartie de la bonne foi présumée : elle se présume, elle ne s'invente pas.
Les décisions que la commission peut imposer, et celles qu'elle ne peut pas prendre
Le pouvoir de la commission est étendu sur les dettes et étroitement borné sur le patrimoine. C'est cette frontière qui répond à la question la plus angoissante d'un propriétaire.
| Décision | La commission peut-elle la prendre ? | Fondement |
|---|---|---|
| Rééchelonner une dette sur 7 ans au maximum | Oui | C. conso., art. L.733-1, 1° |
| Imputer les paiements en priorité sur le capital | Oui | C. conso., art. L.733-1, 2° |
| Réduire le taux d'intérêt, même sous le taux légal | Oui | C. conso., art. L.733-1, 3° |
| Suspendre l'exigibilité des dettes pendant 2 ans | Oui, intérêts suspendus | C. conso., art. L.733-1, 4° |
| Aménager un prêt immobilier au-delà de 7 ans pour éviter la vente | Oui | C. conso., art. L.732-3, al. 2 |
| Imposer la vente de la résidence principale | Non | Aucun texte ne le prévoit |
| Radier une hypothèque inscrite sur le bien | Non | La sûreté survit à la procédure |
| Effacer une pension alimentaire ou une amende pénale | Non | C. conso., art. L.711-4 |
Lecture du code de la consommation, août 2026. Seul le juge des contentieux de la protection peut ouvrir une liquidation judiciaire aboutissant à la vente d'un bien immobilier.
Elle ne peut pas vous obliger à vendre votre maison
Ni dans un plan conventionnel, ni dans des mesures imposées. Aucun texte ne lui donne ce pouvoir. L'article L.732-3 va même dans l'autre sens : il autorise à dépasser le plafond de 7 ans pour les mesures qui portent sur le remboursement des prêts immobiliers de la résidence principale, lorsqu'elles évitent la vente du logement ou permettent de rembourser l'intégralité des dettes en le conservant. Le détail des durées applicables et des cas de révision figure dans le plafond de 7 ans du plan.
Le seul cas de vente forcée passe par le juge
C'est le rétablissement personnel avec liquidation judiciaire. La commission constate la situation irrémédiablement compromise et saisit le juge, qui prononce l'ouverture, désigne un mandataire et fait réaliser l'actif. Quand il n'y a rien à vendre, la commission peut au contraire imposer le rétablissement personnel prononcé sans liquidation, sans passage par la liquidation. La différence entre ces deux formes est décisive pour un propriétaire, et les 3 issues d'une procédure de surendettement les met côte à côte.
Comment la commission calcule la somme qu'elle vous laisse chaque mois
La mensualité retenue n'est pas un pourcentage. Elle est le solde d'une soustraction : ressources moins charges incompressibles. Le résultat porte un nom que tout le monde emploie sans savoir qu'il ne recouvre aucun barème légal.
Aucun barème légal du reste à vivre n'existe en droit français
C'est un fait de droit, vérifiable par absence : aucun texte ne fixe de barème de reste à vivre. Les tableaux qui circulent sur les sites commerciaux sont des reconstitutions, parfois raisonnables, jamais opposables. Chaque commission apprécie à partir des charges réelles du foyer — logement, énergie, alimentation, santé, transport, garde d'enfants — et les pratiques varient d'un département à l'autre. La méthode de calcul et les charges à retenir sont exposées dans le calcul du reste à vivre.
Les seuls montants réellement opposables
3 planchers s'imposent, et ce sont les seuls. La fraction absolument insaisissable de la rémunération, 651,69 € au 1er avril 2026 (c. trav., art. L.3252-5). Le solde bancaire insaisissable, du même montant, laissé automatiquement sur le compte et identique quelle que soit la composition du foyer. Et le barème annuel de quotité saisissable, qui découpe la rémunération en tranches et que détaille la quotité saisissable du salaire.
Contester la mensualité retenue par la commission de surendettement
La contestation se forme dans les 30 jours de la notification, par déclaration remise ou adressée par lettre recommandée avec avis de réception au secrétariat de la commission, qui la transmet au juge (art. R.733-6). Elle se gagne sur des pièces, pas sur des arguments : quittances, factures d'énergie, ordonnances et frais de santé non remboursés, attestation de frais de garde, justificatif de trajet domicile-travail. Une charge non justifiée n'est pas retenue, et c'est presque toujours là que se joue l'écart entre la mensualité proposée et la mensualité tenable.
Saisir la commission, ou tenter d'abord un refinancement : la question d'ordre
La commission ne se saisit pas d'elle-même : c'est vous qui la saisissez, et ce geste a une conséquence irréversible, l'inscription au fichier dès le dépôt. L'ordre des démarches est donc la seule variable que vous contrôlez encore.
Avant la saisine, la fenêtre est ouverte
Tant que rien n'est déposé, un dossier de refinancement s'étudie normalement. C'est le moment où regrouper ses crédits sans passer par la commission a le plus de sens pour un propriétaire : la mensualité globale baisse, les impayés cessent, et la saisine devient inutile. Le jour du dépôt, cette porte se ferme.
Quand la commission reste la meilleure voie, et il faut le dire
Au-delà de la moitié du revenu absorbée par les crédits, et lorsque la situation est durable, le refinancement ne répare rien : il rallonge. La procédure, elle, arrête les intérêts par le moratoire et suspend les saisies, ce qu'aucun rachat ne fait. Nous préférons le dire que vendre un montage qui ne tiendra pas 6 mois ; choisir la commission ou le refinancement pose la grille, situation par situation.
Questions fréquentes
Qui compose la commission de surendettement ?
Est-ce la Banque de France qui décide de mon dossier ?
La commission de surendettement peut-elle m'obliger à vendre ma maison ?
Comment contester la mensualité retenue par la commission de surendettement ?
Faut-il un avocat devant la commission de surendettement ?
La commission peut-elle vérifier mes comptes sans mon accord ?
- La durée du planLa durée totale d'un plan de surendettement est plafonnée à 7 ans, révision et renouvellement compris.
- Le rétablissement personnelLe rétablissement personnel efface les dettes d'un ménage dont la situation est irrémédiablement compromise.
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- Code de la consommation, article L.712-4 (au moins une commission de surendettement des particuliers par département, composition renvoyée au décret) et articles R.712-1 et suivants (3 membres de droit — préfet président, directeur départemental des finances publiques vice-président, représentant local de la Banque de France secrétaire — et 4 membres nommés par le préfet pour 2 ans).
- Code de la consommation, article L.712-6 : la commission peut obtenir communication de tout renseignement de nature à lui donner une exacte information sur la situation du débiteur, l'administration des finances publiques étant déliée du secret professionnel à son égard (bulletin officiel des finances publiques, BOI-CTX-GCX-10-30-30-30).
- Code pénal, article 226-13 : révélation d'une information à caractère secret par une personne qui en est dépositaire, punie d'un an d'emprisonnement et de 15 000 € d'amende.
- Code de la consommation, article L.733-1 (mesures que la commission peut imposer : rééchelonnement de 7 ans au maximum ou de la moitié de la durée restante des emprunts, imputation prioritaire sur le capital, réduction du taux pouvant descendre sous le taux légal, suspension d'exigibilité de 2 ans au maximum avec intérêts suspendus), article L.732-3 (plan conventionnel plafonné à 7 ans et exception de l'alinéa 2 pour les prêts immobiliers de la résidence principale évitant la vente du logement), article L.711-4 (dettes jamais effacées), articles L.741-1 et suivants et L.741-6 (rétablissement personnel sans liquidation et homologation par le juge).
- Code de la consommation, article R.733-6 : contestation des mesures imposées dans les 30 jours de la notification, par déclaration remise ou adressée par lettre recommandée avec avis de réception au secrétariat de la commission, transmise au juge des contentieux de la protection.
- Code du travail, article L.3252-5 (fraction absolument insaisissable de la rémunération, 651,69 € au 1er avril 2026) ; Banque de France, solde bancaire insaisissable du même montant, laissé automatiquement et identique quelle que soit la composition du foyer. Aucun texte français ne fixe de barème du reste à vivre.
- Banque de France, statistiques du surendettement des ménages 2025 : 148 013 dossiers déposés, taux de recevabilité voisin de 95 %, délai réel de recevabilité d'un peu plus d'un mois, 25,7 % de dettes immobilières dans l'endettement global. Information générale au 34 14.
- Code monétaire et financier, article L.519-6 (aucune somme perçue avant le déblocage effectif des fonds) et article L.546-3 (interdiction de laisser croire à une immatriculation ORIAS).
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